Les béates

ET SI L’ON REDÉCOUVRAIT………….

LES BÉATES

par Zénobie

En effet que voilà des personnes qui ont rendu bien des services dans une société rurale isolée.

En Haute Loire et en Ardèche les hivers sont rudes, les femmes qui accouchent ont besoin d’aide et les malades de soins. Faire venir un médecin coûte cher et ce n’est pas chose aisée. Pour le joindre il faut aller -parfois en charrette, souvent à pied- dans la neige, les congères et……..la Burle.

D’autre part l’avenir des enfants -ignorants qui ne savent pas seulement signer- préoccupe des parents qui leur souhaitent une vie moins dure que la leur.

C’est en réponse à ce dilemme et bien évidemment aussi pour diffuser l’instruction religieuse que fut créée vers 1660 par Anne Marie Montel une Ponote (habitante du Puy en Velay) l’institution des Béates.

Cette dame organisa la « Sté des Demoiselles de l’Instruction» appelée par la suite la « Congrégation des Sœurs de l’Instruction de l’Enfant Jésus ».

Cette Société était chargée de recruter des jeunes filles laïques qui, sous le patronage des religieuses de l’Institution effectuaient un noviciat de 3 ans au terme duquel elles ne prononçaient pas de vœux et conservaient leur liberté.

Toutes ne furent pas formées à la maison mère du Puy, certaines à Bourg St Andéol (07) par les sœurs de la Présentation de Marie.

Bien plus tard, en 1816, aux Vans (07) sera fondée la congrégation de St Joseph où les curés envoient des jeunes filles pour se former à la mission de maîtresse d’école et soins des malades : les Sœurs des Campagnes. L’une de ces Sœurs se détachera pour fonder les Sœurs Chrétiennes d’Aurillac (15) sur les mêmes principes.

L’apogée se situe dans les années 1830-1850.

Pour obtenir l’aide d’une Béate, les villageois doivent en faire la demande à leur curé – qui transmet aux religieuses-. Mais ils doivent s’engager à lui construire une maison et l’entretenir.

photo1photo2Maison de la Béate de THINES (07) photo3Maison de la Béate de THINES (07)

photo4Accueil de la Béate

LA MAISON DE LA BÉATE DE JAHON (43)

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La maison de la Béate de Jahon (43) (qui se visite sur demande) est bâtie au centre du village, à proximité du ruisseau et du four banal.

Elle se compose d’un rez-de-chaussée et d’un étage.

Au rez-de-chaussée, vit la Béate.

L’aménagement de l’intérieur est sommaire. Pour meubles un vaisselier, le lit, une malle pour le rangement du maigre trousseau, l’indispensable horloge.

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A l’étage bien sur quelques tables et bancs à la disposition des élèves.

L’accent est mis sur le religieux : chemin de croix, oratoire (lieu de prière et de recueillement) statue de la Vierge etc.

Un endroit sera aussi réservé à l’apprentissage de la dentelle qui apportera aux villageoises un revenu supplémentaire non négligeable.

Une note particulière : Sur la toiture de la maison un clocheton surmonté d’une croix. Ce sera cette cloche qui rythmera désormais la vie du village (heures de travail et repos – l’angélus- baptêmes – décès – incendie etc.)

Les Béates sont vêtues simplement. En général une robe noire et coiffe de la même couleur. Une modeste croix d’argent autour du cou montre son attachement à Dieu.

 LA JOURNEE DE LA BEATE

Levée dès 5 heures, après une toilette à l’eau fraîche, notre Béate part assister à la Messe de l’église la plus proche. Elle y rencontrera ses compagnes des autres villages.

De retour à son logis elle allume son feu, chauffe son petit déjeuner.

Puis la cloche tinte : c’est le début de l’école, la Béate attend ses jeunes élèves. Les enfants ont leur place réservée. Ils commencent par réciter l’Ave Maria.

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Puis, les filles, un petit carreau sur les genoux, ébauchent un ruban de dentelle pendant que les garçons tracent des barres bien droites sur l’ardoise “I I I “.

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Un temps de lecture et il est midi. Les écoliers s’égaient dans le village!

Le repas de la sœur est bien frugal : pommes de terre cuites à l’eau et tranche de lard. Ce sont les villageois qui ravitaillent leur Béate.

La cloche ramène les enfants: à nouveau lecture, écriture, catéchisme, chapelet pour tous. Mais les filles retrouvent bien vite leur carreau.

Dans la journée souvent des appels :

“Grand-père est malade, venez vite” Et voilà la Béate infirmière qui dispense ses soins:

-ventouses, tisanes bouillottes etc……………..

Il est 20H, la cloche tinte à nouveau, elle appelle les dentellières à la veillée.

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Les fuseaux sautent sur les carreaux, travail convivial entrecoupé de bavardages, chants, prières.

C’est encore avec une dernière prière pour remercier Dieu de cette journée bien remplie que la Béate s’endort dans le calme de la nuit villageoise.

Actuellement des personnes se dévouent pour entretenir la maison de la Béate afin de rendre hommage à ces Sœurs de Campagne qui ses sont dépensées sans compter au service de nos aïeux.

Qu’ils en soient remerciés.

                                                                                 ZENOBIE

qui s’est aidée pour rédiger cet article :

– de la visite de la maison de la Béate de Jahon guidée par un membre de l’Association “Autour de nos vieilles pierres”

– de la revue du Vivarais article Gérard Cholvy sur les Congrégations féminines

– du site Forez-Histoire sur Internet

P.S : J’ai basé cet article sur la vie de la Béate de Jahon. Mais il se peut qu’il existe des différences au niveau des activités de dentelle notamment en Ardèche ou dans le Cantal…………… Ne m’en veuillez pas et si vous pouvez m’éclairer à ce sujet je vous en remercie par avance.

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Une réponse à Les béates

  1. Marie Laplace dit :

    Quel bel article qui illustre la vie de la béate, le ton est très juste. Je comprends comment mes aieules ont appris la dentelle dont j’ai des échantillons.

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